On connaît tous quelqu’un d’une gentillesse extrême, une personne prête à donner sa chemise pour les autres. Ou soi même quand on se sent débordé par l’aide que l’on donne, par les services que l’on rend… Pourquoi agissons nous ainsi ? C’est que nous allons découvrir avec ce petit article…
Qu’est ce que le syndrome du sauveur ?
Il arrive que dans nos vies d’adultes, nous soyons embarqués dans des rôles sociaux qui nous épuisent. Ce sont souvent des costumes que nous mettons à un moment donné de nos vies, mais qui deviennent trop lourds à porter. Celui du sauveur en est un.
Les sauveurs sont facilement reconnaissables à leur gentillesse, ils sont toujours là pour les autres, pour aider, supporter, faire à la place. Ils débordent d’empathie pour les autres, essaient toujours de trouver une solution. Nous les retrouvons souvent dans des professions d’aide, assistantes sociales, infirmières,… mais on les retrouve dans tous les milieux. Ce don de soi témoigne de plusieurs carences intérieures : un manque de confiance en soi (ils ne se sentent pas suffisamment bien), un besoin de reconnaissance ou de gratitude permanent. Ils existent par le fait d’aider l’autre.
Quelles sont les difficultés que peuvent vivre les sauveurs ?
Le sauveur se retrouve quasiment toujours à un état d’épuisement. À force de chercher à satisfaire l’autre par tous les moyens, il s’épuise dans une relation d’aide à sens unique. Il ne demande aucune répartie et distribue son énergie, son temps, parfois même son argent ou des objets matériels dont il aurait pourtant besoin. Il ne faut pas se tromper avec de la générosité ou de l’altruisme. Ils vivent dans un excès. La balance entre l’autre et soi n’est pas bonne chez les sauveurs. Pour les narcissiques, la balance c’est : moi d’abord, les autres on s’en fiche. Pour un sauveur, c’est l’inverse : « les autres d’abord, moi on s’en fiche« . C’est cela qu’on essaie de rétablir quand on travaille en thérapie avec les sauveurs, se placer à la bonne place c’est trouver un équilibre entre ce que l’on se donne à soi et ce que l’on donne aux autres.
Comment savoir si l’on est soi même un sauveur ?
Un sauveur ne devient pas comme cela par hasard. Dans leur histoire de vie, on retrouve souvent une enfance où ils ont porté beaucoup pour leur famille. Une mère dépressive qui ne parvint pas faire à manger ou des courses, un père absent, un frère ou soeur handicapé. Ce sont des enfants à qui l’on a demandé implicitement d’être mature, aidant, fort. Quelque part, on les a privés de l’insouciance d’être un enfant. Nous retrouvons aussi des parents qui ne s’intéressent pas beaucoup au vécu d’enfant. Qui sollicitent sans cesse leur enfant comme une bouée, comme une aide. L’enfant capte que pour susciter un interêt de son père ou de sa mère ou une place dans sa famille, il doit soutenir, être utile, porter une responsabilité.
Quelles sont les répercussions dans la vie quotidienne de ce syndrôme ?
Je vois chez ces personnes qui sont sujettes à cette place, un manque de reconnaissance. Elles sont souvent « utilisées », « victimes » de personnalités manipulatrices, qui useront et abuseront de leur gentillesse et de leur écoute. Quand elles voudront cesser de rendre service, elles se feront rejeter ou accuser d’abandon ! Le costume de sauveur est lourd à porter. Ce sont des personnes à qui l’on ne demandent pas comment elles vont, ce qu’elles vivent, ce dont elles ont envie. Souvent, elles ne le savent même pas. Elles sont habituées durant toute leur enfance à ne pas être considérées en tant que telles et auront beaucoup de mal à écouter leurs émotions et leurs besoins profonds. Les deux risques principaux pour les personnes dans ce syndrome sont l’épuisement et le « pillage » énergétique.
Comment sortir de ce rôle ? Que faire pour ne plus se sentir sauveur des autres ?
Cela passe par un long cheminement. D’abord apprendre à reconnaitre que l’on est pas sur terre pour sauver les autres, en prendre soin, les porter. Nous devons porter nos enfants, c’est la seule véritable responsabilité que nous avons. Nous sommes aussi présents pour les gens que nous aimons. Quand nous sommes soignants, notre travail doit se limiter à un cadre, et j’invite mes patients à délimiter leur cadre de travail. Si je suis infirmière, je peux écouter mon patient pendant son soin, mais je ne le ramène pas chez lui en voiture ou je ne lui donne pas mon téléphone personnel par exemple. Nous devons prendre conscience quand nous aidons quelqu’un que nous faisons parti d’un maillon, d’une équipe. Nous sommes une ressource, et il y a d’autres ressources autour de lui, sinon nous sommes responsable de le rendre dépendant de nous.
Si vous faites parti des sauveurs, je vous invite également à comprendre pourquoi vous ne vous sentez accepté ou intégré que dans ce rôle. Essayer de trouver une autre relation où vous êtes apprécié pour une autre de vos compétences : votre humour, vos capacités sportives, musicales, vos talents culinaires, … Cheminer sur son estime personnelle, sur son histoire de vie, sur nos relations vous fera sentir mieux, plus juste dans vos relations. Et vous serez moins frustré (de ne pas avoir de retours ou de remerciement par exemple) et moins fatigué.
Enfin je vous invite à régulièrement prendre RDV avec la personne la plus importante de votre vie : je parle de vous même. Cela peu paraître présomptueux et pourtant c’est vrai. Et lors de ces RDVs précieux, poser vous la question : et toi comment ça va ? De quoi tu as envie et besoin en ce moment ? Et de vous donner un peu de gratitude d’être une personne aussi gentille et généreuse avec les autres…

